Le manque de consommables en dialyse.

Publié le par nassara

Nous sommes arrivées le 29/10/2009 à Ouaga. Dès le 30, nous étions au centre d’hémodialyse de l’hôpital, unique lieu de soins pour tout le pays. Il accueille actuellement une cinquantaine de patient.
L’accueil infirmier est chaleureux mais on nous annonce tout de suite qu’on arrive à une mauvaise période: ils sont en rupture de consommables et depuis 2 mois les patients ne dialysent qu’une fois tous les 6 jours.

1er choc: on les découvre dans un état de survie les visages sont fatigués, les Tensions Artérielles élevées, ils se font violence pour ne pas boire ni trop manger mais ils gardent espoir, leur foi est inébranlable ils s’en remettent à la volonté de Dieu. Ils se remontent le moral entre eux. En discutant, on se rend compte que la situation est compliquée.
Ils doivent payer toutes leurs dépenses de santé et leurs salaires ne suffisent pas. Ils s’endettent pour rester en vie, empruntent à leur famille. Le problème est aussi politique. Personne ne semble se préoccuper des dialysés. Cette spécialité coûte cher à l’hôpital qui traîne pour payer les fournisseurs, qui traînent pour livrer. Pendant ce temps, des hommes meurent faute de pouvoir accéder aux soins ou de ne pouvoir en bénéficier correctement. 4 dialysés sont décédés au mois d’octobre.
Nous nous trouvons désemparées face aux malades qui nous demandent de témoigner : “dites en France ce qui se passe ici” , “aidez-nous, nous allons mourir”.
Un matin on semble toucher le point de non retour: plus de matériel de dialyse, plus de cathéter; Le dernier utilisé a cassé au moment du branchement et Ibrahim 21 ans fait une hémorragie sous nos yeux. Il doit faire 45kg pour 1m75 on ne sait pas comment il tient debout après 7j sans dialyse et tout ce sang perdu mais il se redresse, sans une plainte.
Les “blanches” en prennent plein la tête et le coeur. On voudrait tellement les aider mais comment? On a besoin de bouger, sortir de cette inertie pesante.
Finalement on sort miraculeusement de cette crise. Le professeur a pu faire accélérer le contrôle des douanes car un container était en attente. On ne comprend pas pourquoi ça n’a pas pu se faire plus tôt. Certains patients finissent par nous livrer leurs peurs. Cette situation revient régulièrement et pour eux cela représente un stress énorme même s’ils ne le montrent pas.
Notre envie est de trouver de l’argent, rapidement pour les soulager de tous les frais annexes mais il faut trouver une solution sur le long terme. Peut-être alerter les autorités plus haut.

9 mois se sont écoulés depuis notre voyage, les problèmes restent les mêmes bien qu'un nouveau bâtiment pour la dialyse, financé par un prince Sultan a été inauguré en début d'année. Le manque de consommables les empêche de s'installer dans ces nouveaux murs.
Nous avions pu visiter ce centre avant son ouverture: une superbe construction d'un luxe démesuré par rapport aux besoins réels qui sont plutôt d'ordre fonctionnels et matériels.
Les dialysés ont du subir deux nouvelles ruptures de consommables. L'un d'eux m'écrit ceci:
"Nous venons encore de sortir d'une rupture de consommables jamais connue.Je t'assure que c'est mortel. Mais point de découragement, après avoir rencontré le ministre de la santé, nous nous apprêtons pour monter au premier ministère, après quoi nous irons au président de l'assemblée. Tel est notre élan de sensibilisation." 
Des consommables pour deux mois seulement ont été livrés...

 


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